images.jpgDiscussion intéressante en fin d’après midi dans la librairie de Gweltaz Ar Fur avec un député écossais, à l’initiative de l’association Bretagne-Ecosse que préside Pierre Delignière.

J’étais heureux de rencontrer Rob Gibson, élu du SNP. Car son parti incarne à merveille l’un des thèmes récurrent du débat politique : l’avenir des pays est dans leurs régions.

Selon ses laudateurs, face à la mondialisation accélérée de notre économie et de nos moeurs, un seul remède : le réveil régional, la défense de nos particularismes, la préservation de notre identité, la sauvegarde de nos racines !

De prime abord, il n’y a rien de choquant. Après tout, la décentralisation ici comme la dévolution en Ecosse furent des réformes utiles. Dans notre pays, la concentration de l’Etat découlant des effets conjugués du jacobinisme et du colbertisme finissait par être grotesque. Le transfert de nombreuses compétences aux élus locaux afin de rapprocher le pouvoir des citoyens servit efficacement la démocratie.

Mais je garde une réserve sur le fond notamment sur l’impuissance supposée de l’Etat. Maintenant que le monde est un grand marché et que l’Etat est réduit à jouer un rôle peu glorieux d’infirmerie nationale, les régionalistes considèrent que l’Etat a failli et qu’il convient d’imaginer un autre cadre d’organisation.

Au-delà de l’erreur qui consiste à croire qu’il en a été un jour autrement, remarquons qu’à l’échelle européenne, les aspirations régionalistes présentent de semblables caractéristiques. Elles apparaissent dans des régions riches situées en périphérie de vieux Etats-nations. Ensuite, de l’Ecosse à l’Italie du Nord, les dirigeants de leurs mouvements professent souvent une philosophie où dominent leurs propres intérêts. A qui incombe alors l’indispensable – mais fort ingrate – tâche de redistribution en faveur des régions moins bien dotées ?

    5 commentaires

  1. Baillergeau

    Écrire cela est courageux et lucide.
    Seule la gauche est en mesure de tenir ce langage dont nous aurons besoin aux Européennes à venir.

  2. Jean-Louis

    Nous aurions en effet bien besoin d’aller plus loin dans le principe de subsidiarité initié entre autres par Jacques Delors lors de la construction de l’Europe.
    La gestion des particularités locales ne peut s’affranchir d’une perspective de réorganisation visant pour la France, à une meilleure efficacité de gestion
    La prise en compte des particularisme ne peut se faire en effet au dépend des autres, et ceci dans un unique soucis de replis identitaire exacerbant le chacun pour soi.
    Mais aujourd’hui nos gestions locales méritent mieux qu’un transfert de responsabilités, sans les moyens de leurs mises en œuvre.

  3. Yves Formentin

    C’est une question fortement importante que tu soulèves.
    Jean-Louis appuie également sur un point qui souvent fait mal, le replis identitaire et le renforcement des déserts régionaux.

    La poursuite de la décentralisation ne doit pas se faire aux désavantages des régions qui ont le moins de ressources propres. L’état est une étape à mon avis indispensable dans les échelons européen car aujourd’hui se sont les régions européennes les plus fortes qui accaparent les aides les plus importantes, cela en raison du fonctionnement de lobbyings de l’Europe.

    Enfin, il est important pour moi de séparer la culture et le patrimoine d’une région, de l’action politique. Utiliser l’argument du particularisme culturel pour prôner une autonomie ou une indépendance est dangereux et est un repli sur soi, un retour en arrière. Comme je l’avais déjà écris ici, c’est par la défense de l’éducation et de sa diversité, ainsi que la défense de la culture et de sa diffusion, que la culture et le patrimoine d’une région sera véritablement défendus.
    Souvent ceux qui défendent ‘une identité régionale’ sont les mêmes qui refusent et combattent la diversité culturelle notamment en combattant l’immigration, l’exemple des mouvements politiques du nord de l’Italie (la Ligue du nord, etc) est parlant. Mais sans généraliser, pour moi il n’y a pas UNE identité, car déjà chacun nous avons plusieurs identités, une région a plusieurs identités, comme la France n’a pas UNE identité mais une multitude. Il faut un équilibre entre l’histoire et le patrimoine d’une région, et le brassage culturel et la diversité. Le politique a ici un rôle important je l’ai dit, dans la politique d’éducation et culturelle.

    Et pour cela, comme Jean-Louis l’écrit, il faut plus qu’un simple transfert de compétence souvent politicien et vécu comme une possibilité pour l’Etat de se débarrasser de sources de dépense pour lui.

  4. Stéphane

    Bonjour,

    Je pense que vous avez mal interprété ce que représente le SNP. Les Ecossais du SNP se situent dans les idéaux de la révolution française et sont de fervents républicains. Les revendications ecossaises sont finalement peu culturelles et loin des racines meme si parfois les mythes liés a l’histoire sont sollicités (la France fait la meme chose comme tous les pays).

    Les fondamentaux du SNP defendent l’idée d’un Etat-Nation écossais mais s’inscrivant dans le cadre de l’Europe. Nous n’y trouvons pas les discours du Personnalisme communautaire chers aux écolo-régionalistes en France.

    Tout a fait d’accord cependant pour dire que les grands Etats-Nations ne sont pas périmés, loin de là mais comme Anthony Giddens le précise ils sont devenus décalés et doivent se réorganiser pour répondre au mieux aux grandes tendances a l’oeuvre (mondialisation, individualisme etc …).

    Pierre Veltz dans son dernier ouvrage « La grande transition » appelait a une régionalisation de rupture. Ce n’est pas un autonomiste ! et pourtant il va très loin dans la défense des régions. D’autres grands intellectuels français soutiennent la régionalisation qu’il ne faut pas confondre avec la décentralisation qui s’est construite en France sur le localisme et parfois le ruralisme contre la ville. Mais les choses changent …

    SP

  5. jacques Canevet

    la question est : le PS est-il capable de vivre dans une France moins centraliser? Il ya déjà du progrès en matière de décentralisation , le Ps est majoritaire dans les régions , je ne pense pas que cela dérangera le PS de se voir confier plus de « responsabilités  » dans les régions qu’ils dirigent!

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