Les marées sont un phénomène bien connu des bretons. Leur coefficient est observé car de lui dépend la capacité de pêche à pied, les courants qu’elles entraînent sont surveillés comme source potentielle de noyade, les flux et les jusants sont régulièrement répertoriés à toutes fins utiles.  Bref, elles font quasiment parties de notre ADN…

Il n’y a donc nulle surprise à constater le ressac qui depuis quelques jours se forme contre le ministre de l’Intérieur. Ce n’est qu’une agitation de surface qui résulte de l’interférence de son poids dans l’opinion et des sujets difficiles dont il a la responsabilité au sein du gouvernement. Son amplitude restera cependant faible car à l’évidence, Manuel Valls est – avec d’autres – un atout précieux pour la réussite du quinquennat de François Hollande.

Il y a (déjà !) 5 ans, j’avais écrit  quelques lignes sur lui au moment de la publication de son livre « Pour en finir avec le vieux socialiste… et enfin être de gauche ». Ceux qui me font l’amitié de me lire savent donc que je ne suis ni l’un de ses contempteurs ni l’un de ses thuriféraires. Ce ne fut pas plus mon candidat lors des primaires socialistes. Manuel Valls est simplement un partenaire avec qui je travaille régulièrement, ce qui me donne l’occasion d’observer sa pratique au pouvoir.

Le ministre de l’Intérieur est d’abord un non-conformiste dans un milieu conventionnel. C’est avant tout ce qui, à mes yeux, explique l’intérêt que l’opinion lui porte. Il a des manières directes, l’esprit railleur, la parole aisée, un regard caustique. Il lui arrive de se montrer susceptible mais ce n’est pas un homme de chapelle ou de clan. Doté d’une capacité de travail peu banale, il fait preuve d’un goût vérifié pour l’efficacité.

Dès lors, sa présence à l’Hôtel de Beauvau est la meilleure garantie pour que dans cette législature la sécurité appartienne à la petite liste des priorités durables de la gauche. Après celui pour 2013 qui l’illustra concrètement, le budget pour 2014 le confirmera.

De même, son action depuis un an si elle n’est pas parfaite, peut aisément revendiquer la comparaison avec celle de ses prédécesseurs.  Le procès en sorcellerie sur une supposée similitude avec Sarkozy ne tient que pour ceux qui se contentent des facilités ou des approximations. (Qu’on me permette ainsi de renvoyer à un petit texte que j’avais publié dans Marianne, le 8 novembre 2012, en réponse à une tribune d’Edwy Plenel).

Comment peut-on par exemple écrire en permanence qu’il aurait comme préoccupation constante de se comporter comme le relai des syndicats policiers les plus conservateurs quand on connait la réforme qu’il a imposé de la « police des polices » ? Comme Pierre Joxe le fit, Valls a mis la déontologie et l’exemplarité au coeur de sa vision du fonctionnement de son administration. Demain, par exemple, tous les citoyens s’ils s’estiment victimes d’un dérapage de la part d’un policier (verbal, physique, soupçons de corruption…) pourront directement saisir l’Inspection générale de la Police.  Plus besoin de vidéo sur Internet comme on vient de le voir à Joué-les-Tours pour alerter sur des comportements troubles.

On lui reproche aussi un vocabulaire par trop martial et une attirance soutenue pour les médias. Il est vrai qu’il a du caractère et considère la vie publique comme une lice, la politique comme un champ de bataille et le pouvoir comme un donjon à prendre. Il est logique alors qu’il utilise les émissions de radio ou de télé comme des machines de siège ou des feux grégeois. Si ses mots claquent c’est qu’il les aiguise comme des traits d’arbalète et ses formules comme des balistes. On peut le critiquer pour choisir de ne pas travestir sa pensée et de regarder les situations dans nos villes aussi froidement mais n’était-il pas plutôt simplement en accord avec Jaurès qui, à la tribune d’un congrès socialiste (c’était en septembre 1900), s’écriait  » quand les hommes ne peuvent plus changer les choses, ils changent les mots » ?

Enfin, on critique son absence de résultat. Quand l’attaque vient des chasseurs d’affût de l’UMP, il faut surtout y lire leur crainte de le voir réussir là où l’échec fut leur seul bilan. Quand cela vient de nos rangs, je suis plus dubitatif : aigreur, jalousie, myopie ? La gravité, la profondeur et surtout la banalisation de la délinquance ont mis longtemps à être reconnues. Aujourd’hui l’anomie de notre société, la lente désagrégation de certaines de ses règles ne sont plus contestées. Il faut donc une lente et patiente action pour stopper la mise en cause endémique de l’autorité – des autorités – et rétablir la sécurité. Valls s’y emploie, il a besoin de temps. C’est son devoir et notre intérêt.

    9 commentaires

  1. guédas

    Je salue votre talent à donner à ces quelques menus handicaps de Valls les couleurs de qualités marquantes. Vous nous dites qu’il n’est pas homme de chapelle. Comment mieux reconnaitre qu’il donne si peu de place au collectif qu’il se trouve peu d’élus à soutenir sa grande ambition entretenu avec soin depuis pourtant longtemps.
    Il aiguise ses mots comme des traits d’arbalètes. Certes. Mais j’aimerais alors qu’il réserve ses traits à nos adversaires. Quand il prétend pouvoir bientôt faire la démonstration que Islam et Démocratie sont compatibles, je m’étonne qu’il s’apprête à découvrir ce que même un lycéen a appris. C’est sans doute son non conformisme qui le dispense des évidences. Mais surtout ce type de propos, au moment où l’islamophobie fait les dégâts que chacun sait, sont un peu plus qu’une erreur, une faute.
    Je passerais sur le fait que quelques lignes de votre plaidoyer sur le discours de Valls ressemble au réquisitoire dressé contre Mélenchon. Mettons que ce soit une forme d’humour.
    Il reste que les propos de Valls jettent bien plus de désordre et de division qu’elles n’apportent, si tant est que ceci arrive, d’éclairage. Je ne crois pas que nous en ayions besoin.

  2. Jean-Marie Henry

    Désolé Monsieur le Député mais je n’adhère à votre point de vue et pourtant je suis partisan d’une gauche socialiste forte, libre d’influence et croyant à la liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes et à parler leur langue. Monsieur Valls stigmatise actuellement le peuple rom, comme d’autres stigmatisent les musulmans, ou d’autres en leur temps le faisaient avec les homosexuels ou les juifs (sans oublier Monsieur Poutine qui continue). Il n’y a que du danger pour l’humanité avec ces dérives de discours.Sachez Monsieur le Député que ma voix et celle des miens coûtera cher lors des prochaines élections et qu’elle n’ira jamais vers Monsieur Valls et ni vers le Front National.

  3. M.A

    « Sachez M le Député que ma voix et celle des miens coutera très chere lors des prochaines éléctions et quelle n iras jamais vers Valls et ni vers le FN ».M Urvoas doit trembler au seul fait de vous lire M Jean Marie Henry , vous monayer donc votre voix et celles de vos proches ???? Mais quel démocrate etes vous????
    Quant a mettre M Valls a égalité avec le FN jusque là il n’y avait eu que J L Mélanchon qui avait osé la provocation indigne, là vous lui eemboité le pas et de quelle façon????
    La sécurité ,Monsieur, est un bien precieux appartenant a chaque citoyen .
    Je n’ai pas entendu M Valls stigmatiser les roms , mais il est vrais je ne suis pas a l’affut de tous ses faits et gestes , je n’ai donc rien entendu de dérangeant dans ses propos.

  4. JMH

    Qui êtes-vous M.A. pour donner ainsi te telles leçons de démocratie? J’ai laissé un commentaire alors qu’il y avait déjà deux commentaires dont un qui évoquait sans agressivité le cas d’une famille étrangère avec de jeunes enfants vivant sur notre sol et menacée d’expulsion. Il a disparu depuis. Il se trouve qu’il était signé et que j’ai décidé de signer le mien aussi.

  5. JMH

    Qui êtes-vous M.A. pour donner ainsi de telles leçons de démocratie? J’ai laissé un commentaire alors qu’il y avait déjà deux commentaires dont un qui évoquait sans agressivité le cas d’une famille étrangère avec de jeunes enfants vivant sur notre sol et menacée d’expulsion. Il a disparu depuis. Il se trouve qu’il était signé et que j’ai décidé de signer le mien aussi. Pour répondre à votre affirmation : « Quant à mettre Mr Valls à égalité avec le F.N. » Où avez-vous lu cela? J’écris seulement que nous ne voterons jamais pour Mr Valls comme nous ne donnerons jamais nos voix au FN. « Je n’ai pas entendu Mr Valls stigmatiser les Roms ». Ah bon! « Les Roms qui occupent les camps ne souhaitent pas s’intégrer. » Les Roms ont vocation à rentrer en Roumanie et à y rester. » N’est-ce pas stigmatiser que de marquer de généralités et d’opprobre un peuple? Vous dîtes que « la sécurité est un bien précieux appartenant à chaque citoyen ». Je n’ai pas relevé dans mon commentaire un élément qui irait contre cette évidence. Il n’empêche que rien ne m’interdit de penser que l’on peut être un bon ministre de l’Intérieur sans avoir besoin de manipuler l’opinion. Je garde, pour ma part, un excellent souvenir de Messieurs Quilès ou Vaillant mais pas de Messieurs Sarkozy, Hortefeux ou Guéant. « Mr Urvoas doit trembler au seul fait de vous lire, vous monnayez votre voix et celle de vos proches ». C’est très drôle quant on évoque Mr Valls et de son plan de carrière politique alors que je suis qu’un simple citoyen sans pouvoir que ses seules conscience et liberté. Ai-je seulement le droit de dire à mon Député ce que je pense d’une de ses prises de position à laquelle je n’adhère pas. Le représentant du peuple qu’est Monsieur Urvoas peut entendre, j’ose l’espérer, les interrogations des gens qui l’ont élu. Et ces gens ont le droit de parler avec leurs proches des dérives de Mr Valls et de se réjouir qu’il y ait à gauche et au PS des gens qui les condamnent. Et d’en conclure que si le FN n’aura jamais leurs voix, Monsieur Valls non plus.

  6. Edwy Plenel

    Monsieur le député, cher Jean-Jacques Urvoas, puisque vous me mentionnez au détour d’un rappel du débat qui nous avait déjà opposé à propos de la ligne politique de Manuel Valls dès l’automne 2012, je me permets d’intervenir sur ce fil de discussion. Sur un seul point, dont je fus professionnellement témoin puisque chargé de la rubrique « Police » au quotidien Le Monde quand, à deux reprises, Pierre Joxe fut ministre de l’intérieur. Votre comparaison, d’un ministre à l’autre, est factuellement discutable. Joxe a imposé l’autorité du politique sur les forces de police et sur les questions de sécurité, imposant notamment l’affichage de la déclaration des droits de l’homme dans les commissariats et, surtout, initiant un Code de déontologie de la police. Jamais il ne s’est livré à l’exploitation médiatique ou compassionnelle d’un fait divers. Jamais il n’a exploité politiquement les questions de sécurité, leur préférant à la fois l’affirmation de l’autorité de l’Etat et la pédagogie politique des causes sociales de la délinquance. Jamais il ne s’est laissé aller à une polémique publique ouverte avec le garde des sceaux, sachant que le discrédit de la justice fait toujours le jeu des conservateurs et des rétrogrades. Toujours, il s’est situé dans cet héritage intellectuel où, quand la droite préfère un injustice à un désordre afin de le faire cesser provisoirement, la gauche préfère rechercher l’injustice qui est à la cause du désordre afin de s’y attaquer durablement. Enfin jamais l’ancien officier de renseignement à Alger face aux factieux anti-républicains que fut Pierre Joxe dans les dernières années de la guerre d’Algérie n’aurait employé le terme d' »ennemi intérieur », caractéristique des stratégies de la tension, utilisé par Manuel Valls pour désigner une menace terroriste indisctincte au cœur de notre peuple. Bref, défendre vraiment la sécurité, ce n’est pas faire des moulinets autoritaires et vindicatifs, et surtout démagogiques. Avant l’élection de 2012, Pierre Joxe a participé à une réunion du Club Droits Justice et Sécurités (DJS) dans laquelle fut défendue, sur toute ces questions, une orientation élevée et exigeante qui, aujourd’hui, est celle-là même que défend, avec pédagogie et intelligence, Christiane Taubira. Pas Manuel Valls. Merci de m’avoir lu, bien cordialement, Edwy Plenel

  7. prophete 13

    Monsieur Plenel,
    J’ai lu avec attention votre commentaire. J’ai particulièrement apprécié que vous rappeliez le travail de Monsieur Pierre JOXE lorsqu’il fut Ministre de l’Intérieur. Il faut également mettre à son crédit la création des Laboratoires de Police Scientifique qui nous permirent de combler le fossé nous séparant, alors, des autres Polices européennes. Il s’agit, sans aucun doute, d’un des meilleurs Ministre de l’Intérieur que nous ayons eu.
    Aujourd’hui la situation à laquelle est confrontée Monsieur Manuel VALLS est tout autre que celle que Pierre JOXE a pu connaître. Il doit faire face à de multiples enjeux sécuritaires dans une situation économique particulièrement défavorable.
    Je vous rappelle que sous les 10 ans où l’UMP était « aux manettes » les effectifs de Police et de Gendarmerie ont fondu de 10.000 personnels alors que, concomitamment, la délinquance (malgré les chiffres officiels) ne faisait que croître. Je vous rappelle également que le Ministère de la Justice a un budget dérisoire compte des défis auxquels il est confronté (26ème budget de l’Union Européenne sur 27 pays en % par rapport au PIB !). L’état de nos prisons parle tout seul.
    Par contre les conflits Police-Justice étalés publiquement sont stériles et ne servent ni les Policiers ni les Magistrats dans leur combat quotidien contre la délinquance.
    Il n’en demeure pas moins, et je m’en fie à ses déclarations, que Manuel VALLS reste bien un Ministre républicain, fort éloigné des dérives auxquelles ces prédécesseurs nous avaient habitués.
    Manuel VALLS a le courage de clamer haut et fort que la sécurité peut également être une valeur de gauche. Où est le mal ?

  8. Patryk S.

    Comme souvent, on déplore ici encore un débat sur la forme plutôt que sur le fond.

    D’abord, un court rappel des faits.

    Si le nombre de délits/crimes augmente c’est surtout parce que les écarts de richesses s’accroissent, parce que le chômage et la précarité sont en hausse. Parce que le consumérisme et la lubie de la croissance, imposent un rythme insoutenable et frustrant.

    Si le nombre de délits/crimes augmente c’est aussi parce que le nombre de lois à enfreindre directement ou indirectement (et donc à faire respecter, par la Police) augmente lui-aussi ; on légifère sur tout et n’importe quoi : sur les tenues vestimentaires (dans la rue, dans les universités), sur la consommation de drogues dites « douces », sur la prostitution, etc. Les citoyens qui s’y intéressent ne le font que parce qu’on les gave de sujets vaseux, comme des oies, dans une grande partie des émissions de télévisions, journaux de 20H00 compris, sans pragmatisme et en passant sous silence les vrais problèmes.

    Il y a un décalage entre la République que Messieurs les Députés vous rêvez d’avoir, et la République et le Monde que vous avez.

    Quant à M. Valls, lui qui a fait 5,63 % aux primaires du PS, ce qui le place en bon avant-dernier des présidentiables, après M. Hollande, Mme. Aubry, M. Montebourg et Mme Royal, ses questionnements philosophiques sur l’Islam et sur le Démographie Africaine n’intéressent personne. Qu’il cesse de rajouter du bruit au bruit.

    Enfin, et parce que vous l’avez mentionné, quand je vois le policier de Joué-les-Tours, ce que je vois c’est une bataille de chiffonniers, le manque de respect réciproque entre l’uniforme et le citoyen, je vois une femme qui mord un agent comme une gamine mordrait son frère et ce dernier, excédé, perd le sens des réalités et de son statut. Je ne les blâme pas, je blâme Messieurs les Députés qui légifèrent dans leur cadre cossu de l’Assemblée et échappent largement à leurs responsabilités.

    Nous n’avons que faire que M. Valls soit votre ami, et que vous le défendiez en tant que tel, nommément. Défendez donc plutôt M. Le Ministre de l’Intérieur et tout la Police, y compris contre eux-même, en ne les laissant pas se complaire dans les controverses et les coups d’éclats si peu brillants. Le coup du Karcher, on a déjà donné, et c’est pas pour ça qu’on a voté en 2012.

    Philosophiquement,

    Patryk S.

  9. Opsomer

    Selon un sondage Ifop pour Le Journal du Dimanche (18 août 2013), 61% des Français se déclarent satisfaits de l’action de Manuel Valls en tant que ministre de l’Intérieur, loin devant les autres membres du gouvernement. Toutefois, quelles sont les véritables ambitions de Manuel Valls en matière de sécurité ? Elles sont résumées dans son livre intitulé « Sécurité. La gauche peut tout changer » : « la nouvelle gouvernance de la sécurité sera fondée sur un Etat qui délèguera aux collectivités et au secteur privé quelques-unes de ses missions régaliennes » (pages 87-88). Bref, municipalisation et privatisation de la sécurité. Manuel Valls s’inscrit donc dans la continuité de Nicolas Sarkozy, qui a initié cette insidieuse évolution sous la férule d’Alain Bauer, ami de trente ans du premier et conseiller sécurité du second avant de présider le CNAPS (Conseil national des activités privées de sécurité), organisme hybride élaboré sous son impulsion ; l’influence de ce chantre de la sécurité privée est aussi confidentielle que persistante depuis plus de dix ans. Pourtant, il faut rappeler que la police municipale, police du maire, est une survivance de la IIIe République tandis que la sécurité privée ne protège nullement les citoyens mais ses clients.

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