Bioéthique, un futur rendez vous
Lundi 9 février 2009 | Publié dans Blablabla...
Rencontre intéressante cet après midi avec Jean-Marie Le Vert, évêque de « Quimper et du Léon ». Il souhaitait m’entretenir de la réflexion de l’Eglise sur la bioéthique.
En effet, cette année, le parlement va être saisi, comme le prévoit l’art. 40 du texte, du réexamen de la loi du 6 août 2004.
Sans entrer dans les détails de ce qui ne fut qu’un premier échange, nous avons évoqué justement la place de la loi dans un tel domaine. La chose n’est pas évidente.
D’abord parce qu’à mes yeux, l’« éthique » et le « droit » ne sont pas sur le même plan au point que l’on pourrait même estimer que l’expression « loi de bioéthique » est contradictoire dans ses termes.
Ensuite parce que la marge de manœuvre du législateur français est limitée. D’une part, parce qu’il est exceptionnel que la loi revienne sur les ouvertures qu’elle a auparavant rendu possibles. D’autre part, parce que le législateur français peut difficilement se mettre en contradiction avec ce qui a été accepté au niveau européen.
Pour autant, il me faudra travailler ce sujet avec des idées simples. Par exemple : la conviction que la recherche de la connaissance est une valeur fondamentale, et que la science, malgré des erreurs et des dérives, a contribué et contribue toujours à l’amélioration du bien-être de l’homme. Ou encore que toutes les applications possibles de la recherche scientifique ne sauraient être nécessairement et systématiquement autorisées.
9 février 2009 at 22:13
Quand la consultation des sachants par les élus sera achevée, quand la révision de la loi de 64 sera votée, comment les citoyens seront éclairés sur les règles fixées par la représentation nationale ?
L’aridité du sujet est telle que tout cela risque d’être mis aux oubliettes, alors qu’il peut marquer durablement les relations humaines.
Merci pour le sérieux que tu apportes dans l’examen de ce dossier.
9 février 2009 at 23:02
Un parlementaire peut il s’occuper de bioéthique ?
Je crois que la réponse se trouve dans la Déclaration de 1789.
« La Loi n’a le droit de défendre que les actions nuisibles à la Société. Tout ce qui n’est pas défendu par la Loi ne peut être empêché, et nul ne peut être contraint à faire ce qu’elle n’ordonne pas. »
La question à laquelle il convient de répondre est donc : cette (ou ces) loi(s) de bioéthique…Défendront elles que les actions nuisibles à la Société ?
Et cette ou ces loi(s) respecte(nt) elle(s) le principe suivant :
« La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi l’exercice des droits naturels de chaque homme n’a de bornes que celles qui assurent aux autres Membres de la Société, la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la Loi. »
Sachant que les partis politiques, et les élus…Sont là pour garantir les Droits de l’Homme et du Citoyen (car oui ! Contrairement à la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, qui n’a AUCUNE valeur juridique…La Déclaration de 1789 en a, elle ! Et elle confère de très grands pouvoirs aux parlementaires !!! Encore faut il les utiliser…) je pense que c’est en fonction de cette Déclaration que vous devez vous faire votre opinion, en toute conscience (et pas uniquement parce que votre parti politique le veut), et en toute liberté (cela doit être un choix réfléchi…Non « poussé » par Monsieur Ayrault par ex)
Pour ce qui est de l’Union Européenne :
Monsieur Urvoas, vous êtes le représentant de la NATION qui a pour nom FRANCE. Vous n’êtes pas un fonctionnaire de Bruxelles.
Ce qui a été « accepté au niveau européen » ne l’a pas été par vous…Mais par des Ministres, qui ont certes un rôle EXECUTIF mais qui n’ont pas le POUVOIR de FAIRE (et défaire) la LOI.
Vous n’avez pas à « rendre compte » aux Institutions Européennes. La France « participe » à la construction européenne. Elle n’en demeure pas moins (même si certains voudraient que cela ne soit plus le cas) un Etat SOUVERAIN.
A ce titre, les parlementaires sont là pour LIBREMENT et EN TOUTE TRANSPARENCE remplir leur mandat de représentants des Français.
Si vous voulez, l’Union Européenne c’est un peu comme l’Eglise. Et bien, les parlementaires Français doivent défendre l’intérêt de notre pays…Y compris s’il se trouve en contradiction avec l’intérêt d’autres pays de l’Union Européenne, ou avec la position de Monsieur Barroso.
Je suppose que si les rois (dont on peut difficilement dire qu’ils étaient des « anti Eglise ») de France – y compris Saint Louis – savaient faire la différence entre leur très grand attachement à l’Eglise et à ce qu’elle représentait (Dieu sur Terre)…Et leur mission de monarque (représentant de Dieu pour le Royaume de France)…Si là encore les députés de 1789 (qui étaient tous globalement des monarchistes et des chrétiens) ont su défendre la France…Je pense qu’un homme compétent, honnête, et je l’espère libre, comme vous, n’oubliera pas que sa mission première est de GARANTIR les DROITS DE L’HOMME ET DU CITOYEN…Et en deuxième lieu d’exercer, au mieux, le mandat qui vous a été confié par les Français.
Les Ministres proposent…Le Parlement dispose. Si bien évidemment, dans les domaines « exclusifs » l’Union Européenne peut faire prévaloir sa « législation »…Dans tous les autres domaines, le seul Droit que la France reconnaît c’est celui des représentants élus.
« Le principe de toute Souveraineté réside essentiellement dans la Nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d’autorité qui n’en émane expressément. »
11 février 2009 at 13:12
Tu as travaillé sur les institutions politiques en Israël. Ducoup, au lendemain des élections législatives en Israël, quelle analyse portes-tu sur ces résultats qui ont marqué l’effondrement du Parti travailliste, la victoire relativisée de Kadima face au Likoud, et la montée de l’extrême-droite ?
Face à la vulnérabilisation de l’autorité palestinienne liée à la crise politique existant entre le Fatah et le Hamas, quelles conséquences une coalition droite-centre droit voire extrême droite-droite-centre droit porterait-elle sur l’avenir du conflit israëlo-palestinien ?
14 février 2009 at 19:33
» …et que la science, malgré des erreurs et des dérives, a contribué et contribue toujours à l’amélioration du bien-être de l’homme. Ou encore que toutes les applications possibles de la recherche scientifique ne sauraient être nécessairement et systématiquement autorisées. »
Ce sont des questions que je me pose souvent, avec un certain pessimisme. J’ai parfois le sentiment d’une forme de déconnection entre la progression de la science et le progrès, au sens classique du terme (Les Lumières). L’évolution des techno-sciences (biologie, nanotechnologie,…) donne l’impression de s’accompagner d’une forme de déshumanisation et le déclin des valeurs religieuses nous laisse désemparé devant le désir sans limite de l’homme. Jusqu’où ?
Sur ce sujet « science-société », je vous conseille la lecture des ouvrages de Jean-Pierre Dupuy et de Dominique Pestre, deux scientifiques qui se sont mis aux sciences humaines, la philosophie pour le premier,l’histoire pour le second. Ceci explique cela : « Science sans conscience…. ».