Grogne dans les universités

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Bien que n’enseignant plus, je reste attentif aux dossiers universitaires. Et je comprends la profondeur de la contestation qui s’y développe au point que nombre d’universités sont en grève à partir d’aujourd’hui.

Plusieurs causes à ce mouvement lancé pour une fois par des enseignants et non des étudiants. La question de l’autonomie bien sûr, la tension sur les moyens toujours (crédits et postes) mais aussi la refondation du statut d’enseignants-chercheurs.

Valérie Pécresse envisage de prendre un décret qui reporterait vers les présidents des universités les décisions les plus importantes de notre carrière (promotions, accession au grade de professeur) et de notre vie professionnelle (modulation des services). Comment alors ne pas craindre le risque de l’arbitraire ou du copinage ?

En sus, le texte prévoit de moduler l’emploi du temps entre enseignement, recherche et tâches administratives. En gros, la voie noble serait la recherche, celle qui garantirait une évolution rapide de notre salaire et l’enseignement serait le parent pauvre. Moi qui croyait que nous étions là d’abord pour les étudiants…

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4 réponses à Grogne dans les universités

  1. seb dit :

    “La grogne monte dans les universités”, telle est la première phrase de l’article intitulé “Universités : appels à la grève contre le statut des enseignants chercheurs”, par Catherine Rollot dans le Monde du samedi 24 janvier 2009.

    En lisant cette première phrase, j’ai senti que les universitaires, allaient être maltraités. Je ne me suis pas trompé en lisant le reste de l’article. Ce terme de “grogne” m’a toujours paru loin d’être anodin quand il est appliqué comme sans y penser par un journaliste à quelque mouvement social (humain…) que ce soit , il désigne selon mon Dictionnaire Le Robert un “mécontentement exprimé en grognant”. Ce nom féminin daterait du XIVème siècle et serait d’usage familier. On rappellera ici, toujours selon le Robert, que grogner veut dire “pousser son cri, en parlant du cochon, du sanglier, par extension de l’ours, etc.” Il a au sens figuré pour verbe équivalent : “bougonner, grommeler, gronder et ronchonner” (j’ajouterais bien dans la prochaine édition : “blogoter”…)

    Bref, par définition, celui qui grogne n’est pas complètement un homme (ou une femme), puisqu’il ne sait pas vraiment exprimer par la parole, propre de l’Humain, ses griefs. Le dessin humoristique qui accompagne l’article est sur une ligne similaire : un personnage y dit “Non à la réforme!Fermons la gare, heu… la Fac!” dans une assimilation franche entre (je suppose) la “gréviculture” (pour utiliser le néologisme en usage chez ceux qui voudraient de la grève faire table rase) des cheminots (de SUD, ces diables d’anarcho-syndicalistes!) et la réaction (en automatique) des universitaires.

    L’article de C. Rollot continue un peu moins sur le même ton, en respectant quelques obligations d’information tout de même. Mais j’y ai noté que : “Le décret s’inscrit dans une réforme globale de l’université dont l’un des objectifs est de mieux encadrer les étudiants.” Je suppose que cette phrase est reprise du discours justificatif de la dite réforme par les autorités ministérielles; à moins qu’elle soit un message crypté, pour dire qu’en l’absence de création de postes (et même avec des suppressions en 2009-2010), un meilleur encadrement des étudiants suppose une mise au travail de ces êtres infra-humains qui grognent, en effet, comment mieux encadrer sinon?

    Il me semble par ailleurs que la réforme L.R.U. était loin d’avoir ce seul objectif (la compétitivité de la recherche? l’insertion professionnelle?), mais tout l’article est traversé par l’idée (est-ce le mot pour ce stade de l’activité neuronale? ) d’opposer de quelque façon les intérêts des étudiants et des enseignants-chercheurs. Il est dit ensuite : “De son côté, Nicolas Sarkozy tente de rassurer les universitaires. « Je sais que cette réforme inquiète, a commenté jeudi le président de la République, mais les enseignants-chercheurs n’ont rien à redouter’. » (Citoyens circulez ! Y a rien à voir…! Décidémment, à force de rencontrer des peuples dociles, dans des pays qu’on ne peut nommer que « dictatures », le Président croit que la France c’est la Chine !

    Il n’est que d’aller voir les réactions sur les sites de SLU ou de SLR, ou des syndicats, à ce discours présidentiel du 22 janvier pour souligner que, dans la phrase de la journaliste, le verbe “tenter” est peut-être un peu optimiste. Il tente en effet, mais n’est pas Jean-Paul II qui veut.

    L’article de C. Rollot est accompagné de verbatims d’enseignants-chercheurs, réalisés avec Benoît Floch et Philippe Jacqué, qui ne vont pas tous , loin s’en faut, dans la direction indiqué par les universitaires ayant signé les diverses pétitions disponibles.

    J’en compte quatre pour le décret (avec plus ou moins de nuances ou de réserves), et deux clairement contre. Il se trouve qu’un des deux réfractaires n’est autre que Frédéric Zalewski, maitre de conférence de science politique à l’Université Paris X-Nanterre. Il est rapporté avoir dit notamment : “Plus globalement ce projet s’inscrit dans le droit fil de la modernisation libérale de l’université française portée par la loi sur l’autonomie et c’est donc toute la critique de ce projet politique qui est engagée à travers ce décret.” Il est le seul à monter en généralité de cette façon, les autres critiques portant sur le risque de “mandarinat” ou d’absence de procédures d’appel dans la détermination des services de chacun, ce qui est repris dans le titre de cet ensemble de verbatims : “On voulait en finir avec les mandarins, on leur offre un boulevard”.

    D’évidence la dite C. Rollot n’est pas très favorable au mouvement de protestation. Son article précédent, du 15 janvier 2009, intitulé “Enseignants-chercheurs : nouvelle règle du jeu”, commençait mal lui aussi : ” La réforme du statut des enseignants-chercheurs va-t-elle enfin aboutir?” Le mot “enfin” annonçait la couleur, et l’on comprenait à lire l’article que les modifications au décret devrait être suffisantes pour contenter les plaignants raisonnables (sans que l’on sache de quelles modifications précises il s’agissait) en laissant de côté les plaintes des éternels mécontents (SNESUP of course).

    Le ton est encore moins favorable dans un article de la même Catherine Rollot dans LyonPlus, le gratuit du Progrès de Lyon, du mercredi 21 janvier 2009. Sous le titre “Le décret qui chamboule les enseignants-chercheurs”, on trouve cet enchainement d’anthologie : “Le nouveau décret permettra aux présidents d’université de répartir ces différentes activités (enseignement, recherche et administration) selon les compétences et les envies des enseignants. Un maitre de conférence pourra donc faire davantage d’heures de cours, si la qualité de ses recherches est jugée insuffisante. A l’inverse, un chercheur jugé excellent pourra être dispensé d’heures d’enseignements.”

    J’aime beaucoup la confusion dans ce texte d’une journaliste de la presse de référence entre la notion d’envie au sens de désir et l’obligation d’accepter ce qu’on vous donnera à faire, et entre la compétence (supposée) et ce qu’on vous donnera à faire. Il est vrai que beaucoup de gens ont “envie”dans ce pays de faire les choses qu’on leur impose !

    Il y a plus fort et plus amusant : “Un coup de tonnerre dans un milieu réticent à la culture du résultat (…. surtout ne pas s’énerver et être mesquin, en citant les pertes du Monde et du Progrès et l’aide de la part du contribuable à ces titres privés de la presse généraliste en pertes depuis des années) et où de nombreux professeurs, moins actifs dans la recherche (gentil euphémisme tout de même), effectuent des heures supplémentaires pour arrondir leurs fins de mois.”

    Cet intéressant article s’accompagne d’une photo avantageuse de notre Ministre, Valérie Pécresse assise à une table de réunion sans doute pour bien montrer qu’elle est prête au dialogue, elle. Sur la question des heures complémentaires, il serait absurde de nier qu’elles sont payées… (parfois au bout d’un certain délai), mais, de là, à prendre pour évidence que tous les universitaires les acceptent essentiellement pour des raisons de “fins de mois”; il existe peut-être ici une méconnaissance des conditions très diverses qui président dans les différents lieux d’enseignement à l’”acceptation” d’heures complémentaires.

    Les “sur-services” sont aussi liés à l’obligation de faire tourner la machine en chaque lieu avec les moyens du bord, souvent faute de recrutements suffisants. Et refuser tout débordement au delà des 192 heures équivalent TD pour avoir le temps de faire un minimum de recherche suppose en pratique d’apparaitre auprès de nombreux enseignants chercheurs comme un planqué ou un mauvais coucheur.

    Paradoxalement, C. Rollot met tout de même l’accent dans cet article sur un des motifs fondamentaux d’énervement: la suppression de fait des heures complémentaires payées par le biais de la modulation des services (que signale Zalewski dans son verbatim).

    Je me suis un peu attardé sur ces articles d’une journaliste de la presse de référence pour souligner à quel point nous devons être conscients que la défense d’un statut des universitaires passe par des médias qui sont, pour partie : pas du tout bienveillant à l’égard du mouvement. On voit déjà se profiler la thématique usée de la “prise en otage” des étudiants en cas de conflit un peu prolongé.

    Pour finir, je me permets de citer quelqu’un que je n’aurais jamais attendu dans une mobilisation de ce type, à savoir Jacques Lautman, sociologue émérite, ancien responsable des SHS au CNRS. Voir son texte sur le site de SLR: “Le populisme contre la démocratie des corps intermédiaires”.

    Cet authentique libéral, ancienne bête noire de bien des gens quand il fut en fonction au CNRS, déclare même (presque à la fin de sa contribution) :

    “Disons clair : l’idéologie qui l’anime n’est pas libérale, elle est profondément populiste et vilipende, allègrement, les corps intermédiaires et les instances de démocratie interne qui échappent au contrôle du parti du président.”

    A bon entendeur…

  2. authueil dit :

    « Le risque du copinage ». Parce que le copinage, ça n’existe pas actuellement, dans le recrutement et la progression de carrière d’un enseignant du supérieur… Evidemment, tout va pour le mieux et aucune réforme n’est nécessaire !

    Puisque vous êtes enseignant du supérieur, allez y, proposez !

  3. bernard dit :

    d’accord, risque de copinage si ce sont les présidents d’universités (élu, donc contrôlé par un vote) qui sanctionnent (en bien, en mal) les professeurs….
    Mais qui donnera son avis sur le travail fait. Un inspecteur? qui s’appuie sur l’avis du président! Intéressant que ce soit les étudiants mais depuis quand en france les élèves notent les profs.
    Comment ça se passe en ce moment? Concours et ancienneté?
    Pour un certain nombre de prof il s’agit donc d’avoir un « bon » concours , puis être titularisé et de vieillir, vieillir…..en refaisant son cours inaugural

  4. seb dit :

    A Autheil,

    Je n’ai jamais dit que « tout va pour le mieux » ni même qu’il ne faut pas (si cela s’avère nécessaire) « réformer ».

    D’ailleurs, en tant qu’assistant parlementaire vous devriez le savoir : l’université ne cesse d’innover !

    Qui a mis en musique la grande réforme du LMD (licence-master-doctorat) depuis cinq ans, qui a réorganisé les filières et réécrit les maquettes, à toute vitesse et au prix d’efforts considérables, sinon le corps universitaire ?

    Faire passer les enseignants chercheurs pour d’affreux « conservateurs » (et même si les enseignants chercheurs étaient « conservateurs » en quoi serait ce mal ? La « modernité » n’est pas toujours une bonne chose…Il suffit de lire un livre d’Histoire pour le comprendre) est donc assez indigne…Surtout de votre part…Car étant lecteur de votre blog, que je trouve très bien, je vous croyais moins sensibles aux stéréotypes.

    Ce qui est contestable, en revanche, dans la réforme de Mme Pécresse, c’est qu’elle vise la marchandisation de l’enseignement supérieur et la rationalisation de la recherche sur un modèle de gestion entrepreneurial.

    Je vous rassure, je ne suis pas contre le système marchand (difficile d’ailleurs dans une « société de consommation »…Et par ailleurs j’ai créé ma société). En revanche, j’aimerais que Mme Pécresse soit autre chose que la servante de la « stratégie de Lisbonne » (ambition européenne pour les 10 à 15 ans à venir) en France… »Stratégie » réalisée sous l’égide des lobbies en tout genre.

    De nombreux savants l’ont dit et répété depuis dix ans: un tel modèle est néfaste pour la science et même pour l’innovation. En 2004, les chercheurs se sont réunis en états généraux et ont proposé leurs propres pistes de réflexion, appuyées sur l’expérience de la recherche et non sur un programme à caractère idéologique. Malheureusement, le dialogue politique est un outil curieux, qui ne marche que dans un sens: celui où le public est supposé écouter (respectueusement) les (sages) décisions prises par les gouvernants.

    Ces propositions ont été présentées à Mme Pécresse, à Monsieur Sarkozy…Mais ni l’un, ni l’autre, ne désirent ne serait ce qu’y consacrer un instant. Chacun sait que les lobbies font un travail « éblouissant » (dixit deux parlementaires du PE)…Qui irait imaginer qu’ils auraient quelques intérêts à défendre une telle « stratégie »?

    Monsieur Sarkozy souhaite « noter » les enseignants chercheurs…Et expliquent que ceux qui s’y refuseraient seraient d’affreux « conservateurs ». Il faut croire que le Gouvernement de Monsieur Fillon est alors constitué de conservateurs ?

    Qu’on ne s’y trompe pas. L’évaluation n’a jamais fait peur aux universitaires. Elle fait partie de leur univers quotidien, de jury de thèse en comité de rédaction, de rapport en concours.

    Difficile de le savoir pour quelqu’un qui ne s’est jamais frotté au monde savant, mais celui-ci repose depuis bien longtemps sur le principe de l’évaluation par les pairs – la vraie, celle qui se base sur la lecture et la discussion des travaux, non sur quelque construction statistique ou classement théorique.

    Monsieur Sarkozy ignore tout de la recherche, ne sait ni comment elle fonctionne, ni même à quoi elle peut servir. Ses « modèles » de vie sont les grands patrons. Il n’en a d’ailleurs jamais fait mystère.

    Tout ce que les enseignants chercheurs demandent c’est d’être entendus…Et écoutés. Rien de moins, rien de plus.

    Est ce trop demandé…Dans un pays démocratique ?

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